Moryason




La Tradition Ésotérique ou « Doctrine Hermétique »

Diffusion de la Tradition Ésotérique en Occident


La Connaissance de l’Univers et de l’Homme que véhiculait la Tradition Ésotérique (voir Contenu de la Tradition Ésotérique 3-2-2) était divulguée aux grandes masses sous sa forme allégorique, c’est-à-dire sous l’aspect d’une « Religion » (voir Tradition Ésotérique et Religions 3-2-4). Celle-ci se manifestait par les « Cultes officiels » que chaque ethnie célébrait de manière tout à fait ouverte et que l’on réunit actuellement sous l’étiquette de « Paganisme ». Aussi ces Cultes « païens » furent-ils le canal le plus visible et le plus tangible de ce que fut autrefois ce Savoir Saint derrière lesquels se cachait ce dernier.

Lorsque l’Édit de Milan que prit l’Empereur Constantin 1er fit cesser toutes les persécutions à l’égard des Chrétiens – ce qui fut un bien en soi – et donna implicitement au Christianisme les prérogatives d’une Religion d’État, la Tradition Ésotérique, qui pouvait encore être décryptée dans les Mystères, secrets mais toujours en existants, vit s’abattre le coup qui allait la mener à sa disparition de l’Orient méditerranéen et de l’Occident romain.

À partir de cette triste époque, Ordres et Mouvements Philosophiques, dispensateurs de la Lumière de la Connaissance, survécurent dans le plus grand secret. La mise à mort de cette liberté était déjà patente dans les Édits de Théodose, mais l'état d'esprit qui consiste à condamner tout système tendant à former la pensée et le raisonnement, système qu'illustrèrent avec génie les Anciens Grecs, se précisa pour devenir un couperet inévitable dans les Édits de Justinien 1er, Empereur de Byzance, pris entre 529 et 532, supprimant « la liberté de conscience » et fermant l'École Néoplatonicienne d'Athènes.


Éclatée, la Connaissance se referma dans le secret d'une École Néoplatonicienne, loin des menaces de Constantinople et des foudres papales, sur la frontière de la Perse, au delà de l'Euphrate, à Carrhae et, jusqu'à l'arrivée brutale des Turcs Seldjoukides, au XI° siècle, elle fut dispensée en paix dans ces lieux ignorés.

Mais au IV° siècle, dès avant les Édits de Justinien, les Docteurs Syriaques — Chrétiens, bien au fait de la Sagesse Antique, à qui nous devons rendre hommage pour cet inestimable travail — commencèrent à traduire, du Grec en leur langue, les textes fondamentaux de la Sagesse Antique ; ce n'est qu'après, au IX° siècle, que ces mêmes textes furent traduits du Syriaque en Arabe par les Écoles d'Harran et de Bagdad, fondée par le savant harrânien, Tabit ben Qurra. Cette dernière transmit ce savoir, en langue arabe, en Andalousie (École de Cordoue).

Ainsi, pendant près de six siècles, du IX° siècle au milieu du XV° siècle, la Tradition Hermétique s'achemina-t-elle en Occident, éparse et isolée dans des groupes actifs dans le Midi de la France et en Espagne.

Capturée par les Pères de l’Église pour asseoir « la Révélation » de ce qui allait fonder cette nouvelle « Religion » et pour élaborer un aperçu de rite théurgique – qui devint liturgique – la Tradition Ésotérique fut donc pourchassée sous peine de tortures et de mort par ceux-là mêmes qui prônaient le Message d’Amour de l’Oint de Dieu… Nous passerons donc sous silence l’émergence des premières persécutions des « païens » et les horreurs de l’Inquisition et nous nous tairons encore sur ce qui est du comportement de l’Église actuelle (début du III° millénaire) envers la Science Hermétique.

Au XV°siècle, la Sagesse Antique et ce qu’elle recelait de bribes liées à la Tradition Hermétique, parvint plus ouvertement grâce à G. Gémiste Pléthon, Philosophe et Hermétiste grec, qui laissa le sceau de son passage à Florence en 1439. Puis Marcile Ficin, Pic de la Mirandole et surtout Giordano Bruno firent briller à leur tour la Lumière Antique dans ce qui devint « la Renaissance »..

Toutefois, il convient de préciser que sous ce beau mot de « Tradition Ésotérique » ou de « Doctrine hermétique » n’étaient conservés, en Occident – et ce dès le II° de notre ère - que des fragments, la plupart altérés, relatifs à la Connaissance théorique de l’Univers et de l’Homme ; quant à « la pratique », c’est-à-dire aux moyens devant être mis en œuvre pour nous libérer de notre condition humaine, ils avaient disparus ; seuls des Enseignements se donnaient de bouche à oreille via la Science Kabbalistique ; pour ce qui concerne la Science de la Matière (Alchimie), elle était également diffusée de manière très secrète.

Destruction longue et douloureuse de cette Tradition, qui fit périr sur des bûchers, errer sur les routes d’Europe ou fuir dans le monde musulman ceux qui s’adonnaient à la résurrection de cette Auguste Science! En réaction, certains hommes se réunirent, ils formèrent ainsi des groupes liés par serment de silence en raison de la terreur prévalante. Kabbalistes juifs et chrétiens, Soufis, Alchimistes, Mages, tous reformèrent la grande famille de l’Hermétisme, nantis de documents rescapés du ravage, généralement tronqués et dont le symbolisme sibyllin portait à interprétation diverse.

L’Occident était donc devenu dès le début du Christianisme orphelin de ses Sources ontologiques, privé de tout ce qui était pour l’Orient « le Yoga » - le lien authentique et efficace - avec le Ciel.

Cependant, à partir de la fin XVIII° siècle — avec les travaux des Mouvements Maçonniques, la présence du Comte de Saint Germain et de l'œuvre, bien qu'inaboutie, d'Alexandre de Cagliostro — et surtout à la fin du XIX° siècle — avec la Résurgence de la Théosophie (Voir Théosophie (5) et l'établissement de divers Ordres Théurgiques —, la Tradition Ésotérique reparut ouvertement en Occident. 

Ainsi donc, les agissements de certains, commencés au IVème siècle de notre ère, puis poursuivis bien plus tard, portèrent donc préjudice au Christianisme, d’une part par la divulgation d’une doctrine dévitalisée de ses Sources Intelligentes et, d’autre part, par la cruauté exercée pendant des siècles. Mais, malgré l’horreur ici évoquée, le Message du Christ n’a pu être souillé: bien au contraire, il fonda la Quête spirituelle sincère de milliers d’hommes et de femmes et fit de certains des êtres d’exception, accédant même à l’Illumination.

La fusion de la Sagesse Antique avec les Fondements Christiques aurait pu être un instrument d’éducation accélérée des masses dont nombreux, selon les progrès individuels réalisés, auraient eu ainsi la possibilité d’accéder à l’Initiation d’une Connaissance plus haute et d’ordre plus pratique.



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